Le lendemain, Lya se rendit au collège en compagnie de Kaede et des jumelles. Ce matin-là commençaient les préparatifs pour la fête, et la 3-A avait choisi de faire une maison hantée. La classe était encombrée de planches, de décors, de pots de peinture et d'outils.
Lya et plusieurs de ses camarades rangeaient dans un coin de la pièce le matériel dont elles n'avaient pas immédiatement besoin. L'apprentie magicienne s’acquittait de sa tâche machinalement, l'esprit complètement ailleurs. Ce qui ne la changeait pas trop par rapport à la veille, en fait.
Une main se posa sur son épaule, et elle sursauta. Elle laissa échapper un soupir de soulagement. Ce n'était que Satsuki, elle ne la mettrait pas dans l'embarras. Quoique.
- Tu sembles ailleurs, commença-t-elle.
Pour une raison inexplicable, la collégienne blonde rougit, l'espace d'un instant. Lya ravala le « tu as trouvé ça toute seule ? » ironique qui avait failli franchir ses lèvres, et choisit plutôt une réponse plus banale.
- Je sais, répondit-elle, complètement désabusée. Fumika me l'a fait remarqué. Hier.
Son amie, devant cette réponse qui ne risquait pas vraiment de faire avancer la discussion, n'alla pas par quatre chemins. Elle dit ce qu'elle avait à l'esprit, en une seule phrase.
- Moi, j'ai l'impression que tu es amoureuse de Negi, comme à peu près la moitié de la classe.
- Satsuki, tu délires, là … Je suis pas amoureuse de Negi, non mais n'importe quoi !!! et puis quoi, encore ?!
Ah ben si, elle pouvait l'embarrasser.
Satsuki vit tout de suite que son amie était sincère. Alors elle proposa autre chose. De pas très différent, en fait.
- Et de Yoru, l'un des garçons avec qui Chao, Ku et toi parliez ?
- Ha ha … impossible, répondit-elle, terminant la conversation.
Elle s'éloigna chercher d'autres planches à ranger, complètement rouge comme une pivoine. Bien … elle allait ranger des panneaux de bois, au moins elle pourrait se cacher avec … le temps que son visage retrouve sa couleur normale. Amoureuse … maaaaaais oui, c'est ça ! Et la suite, ce sera quoi, hein ?!
Malheureusement – pour elle – Lya se retrouva en face Fumika et Fûka, et la deuxième s'était sûrement elle aussi rendue compte de quelque chose, depuis la veille. Sentant les questions poindre, Lya décida de parler la première. Et de dire tout ce qu'il fallait, tout de suite. Autant éviter une conversation de trois minutes et trente-six secondes – précisément ! – ça l'arrangerait.
- Oui, je sais, je suis rouge. Oui, j'ai l'air d'être amoureuse. Non, je ne le suis pas !
- D'accord … si tu le dis ! répliquèrent en chœur les deux jumelles en s'en allant, mortes de rires.
Lya repartit elle aussi en vitesse dans le coin où elle rangeait les planches, puis la sonnerie retentit. Sauvée par le gong, pensa Lya.
Elle fila vers la cafétéria comme si elle avait le feu aux fesses, passant par les toilettes pour se passer un peu d'eau fraîche sur la tête. Ce qui eut le mérite de lui faire retrouver sa couleur d'origine, et donc de lui éviter l'embarras.
Ce dont elle ne se doutait pas, c'était qu'une certaine personne vivait exactement la même chose au collège pour garçons … c'est dire, le hasard faisait bien les choses, quand même …
***
Le soir, la classe se réunit pour continuer les préparations. La 3-A était énergique, comme à son habitude, et plusieurs d'entre elles testaient les costumes, quand Lya ressentit des frissons dans le bas du dos. Elle se redressa, méfiante. Quand ça lui arrivait, c'était qu'il y avait une menace. Mais quel danger pouvait-il y avoir dans le collège.
Elle scruta tous les recoins, aussi bien avec ses yeux qu'avec sa magie, mais ne trouva rien. Soudain, une aura blanche apparut derrière Fûka et Makie. La silhouette passa du blanc au noir, puis se précisa. On aurait dit une fille. Elle avait de longs cheveux blancs, des yeux rouges et une mine sinistre. Un esprit ! Mais que faisait un esprit dans la salle, hein ?! Elle dégageait une aura froide et sombre. La panique s'empara de la classe. Lya se mis en position de contre-attaque , le cœur battant … avant de s'apercevoir que c'était absurde. Elle doutait fortement que le ninjutsu puisse faire quelque chose contre un fantôme, quand même ! Et la magie était à éviter.
Mais l'apparition sembla dire quelque chose et disparut. Tout le monde quitta la classe en catastrophe et rejoignit les chambres, où le sommeil fut difficile à trouver.
Le lendemain, la classe se regroupa dans le hall de l'école, en compagnie d'autres élèves. L'évènement de la veille avait déjà fait le tour des élèves, à cause d'une grande affiche et d'une photo du fantôme. Rien à dire, elle était toujours aussi effrayante.
Kazumi s'approcha de Lya, et lui chuchota quelque chose à l'oreille. Celle-ci laissa échapper un « Quoaaaaaa ? » et observa son amie, complètement ahurie. La journaliste partit, laissant la collégienne abasourdie.
Puis Lya se rendit dans la salle de classe. Yue avisa son air surpris et la rejoignit.
- Qu'est-ce qui t'arrive ? demanda-t-elle, curieuse.
- Oh, rien … une sombre histoire de ghostsbusters … fit-elle, encore étonnée par la folie de celles qui avaient organisé ce qui se passerait au soir, c'est-à-dire une grosse partie de la 3-A.
- J'avoue ne pas comprendre, là.
- Bah, tu comprendras en temps et en heure, termina Lya en voyant Negi entrer.
Les préparatifs continuèrent jusqu'à l'heure des clubs et jusqu'à l'entraînement de Lya, consacré à la magie. Malgré la terreur de certaines, comme les jumelles, la classe convint de se retrouver le soir. Yue comprit enfin ce que son amie magicienne avait voulu dire. Haruna, Makie, Yuna, Kazumi et Sakurako avaient formé une équipe de … ghostsbusters … et tenaient chacune un « fusil purificateur d'âme ». Personnellement, Lya avait de gros doute sur l'utilité de ces choses.
Kazumi fit appel à Nodoka pour déchiffrer les pensées du fantôme, qui devait s'appeler Sayo Aisaka, selon la journaliste. Il s'agissait d'une élève morte en 1940. C'est à partir de là que la situation dégénéra. Le dessin de l'artefact de Nodoka montrait une tête sinistre et menaçante. Et puis, quand quelqu'un vous dit « toi aussi … ensembles … par ici … amusons-nous … amies … contente … », comme c'était écrit sur le journal, vous n'avez peut-être pas spécialement envie de le suivre … C'était à peu près le sentiment général. L'image ne fit que renforcer l'idée que Sayo était maléfique.
Tout le monde était paniqué, mais ça empira quand l'esprit décida de faire voler les tables et les chaises … c'était un peu difficile de suivre la défunte, tout de même … Un instant elle voulait être leur amie, et l'instant d'après elle leur balançait des chaises à la figure … comment dire … c'était pas très logique ! Ensuite, elle posséda Yuna et écrivit « go-kai-des »* en lettres de sang sur les fenêtres. Franchement, quelque chose ne tournait pas rond avec ce fantôme …
Heureusement, Setsuna et Mana, qui manquaient à l'appel, arrivèrent et prirent en chasse la prit en chasse. Enfin, pour le « heureusement », rien n'était sûr … Kazumi avait réussi à prendre une photo de la défunte. Elle pleurait, poursuivie par Setsuna et Mana. Ce n'est qu'à cet instant que Lya comprit ce qu'il s'était passé. Go-kai-des signifiait un malentendu par rapport au journal, et le reste était de la maladresse de la part de Sayo et de l'incompréhension de la part des autres. Simplement, l'épisode des chaises et des tables était encore inexpliqué … S'il y avait un sens, c'était un peu tordu, non ?
Negi sortit de la classe suivit de près par Kazumi. Une fois dans le couloir, ils montèrent sur le bâton du magicien et rattrapèrent Setsuna et Mana. Lya, Asuna et Konoka les rejoignirent elles aussi. Il était temps, parce que Mana avait failli tuer le fantôme – mouahahaha ! – et compte tenu de la situation, c'était plutôt moyen.
Finalement, Sayo disparut l'âme en paix … enfin, c'est ce que croyaient Negi, Asuna, Konoka et Kazumi. En vérité, elle avait juste réapparu trois mètres plus loin. Finalement, le petit groupe partit rassurer les autres qui ne savaient pas ce qu'il s'était passé.
* Go-kai-des : « cinq fois mort », ou « c'est un malentendu », comme vous voulez …
***
Heureusement pour Lya, les quinze jours suivants furent plus calmes. Ou plutôt, personne ne chercha à explorer son cœur et aucun fantôme ne réapparut. Mais cette période ne fut si reposante que ça. Comme ce laps de temps ne suffisait pas, les deux derniers jours avant la fête, l'ensemble de la 3-A se rassembla la nuit pour continuer la maison hantée. Avec M. Nita surveillant les couloirs à ce moment. Super ! En plus, elles avaient besoin des marteaux. En fait, le plus drôle – ironique ! – consistait à enfoncer des clous dans les planches de bois avec leurs outils sans que le professeur ne les entende. Très, très pratique.
Malgré ces quelques heures passées à travailler au lieu de dormir, Lya arriva à ses entraînements – à peu près – en forme. Heureusement, car Arianna lui enseignait depuis quelques temps des sorts et des techniques qui requerraient toute son attention, comme le nivis casus. Être fatiguée pendant cette période était donc une mauvaise idée.
L'après-midi suivant la première nuit, Ayaka, dans un grand moment de sagesse, décréta une longue pause d'une heure et demi. Celles qui voulaient rentraient, les autres restaient. N'ayant pas vraiment le temps de faire grand chose pendant ce temps, Lya s'assit à une table et y posa la tête. Sans s'en rendre compte, elle sombra dans un lourd sommeil. Son rêve fut à nouveau des plus réels … ça faisait longtemps, tiens …
Lya se trouvait maintenant dans une grande oasis, à l'ombre d'une végétation plutôt dense l'abritant du soleil. Elle aperçut, sans grande surprise, la petite fille d'environ sept ans qu'elle voyait souvent dans ses visions et qui était sa copie conforme, sauf pour l'âge. La collégienne avait d'ailleurs fini par vraiment penser que c'était elle quelques années auparavant.
Ce qui l'étonna davantage, c'est de voir une jeune femme ayant la vingtaine, de longs cheveux noirs et des yeux d'un bleu profond, qu'elle ne connaissait que trop bien. Arianna ! Celle-ci avait l'air d'avoir dix ans de moins que celle que Lya connaissait.
- Tu viens ? fit Arianna d'une voix enjouée. Allons parfaire tes clones !
- Oui ! répondit la petite, sur le même ton.
Toutes deux s'éloignèrent, laissant Lya réintégrer la réalité.
Elle se réveilla en sursaut. Asuna l'observait, curieuse.
- Pourquoi t'as sursauté ? demanda son amie.
- Il reste combien de temps avant qu'on reprenne ?
- Quinze minutes. Tu n'as toujours pas répondu à ma question, fit Asuna, intriguée.
- Ah ? Euh … pour rien.
Elle prétexta vouloir passer de l'eau sur sa figure, voulant en vérité ne pas se perdre dans d'inutiles explications.
Ce rêve, s'il était reflétait vraiment la réalité, ne lui apprenait seulement qu'elle avait peut-être connu Arianna. Rien n'était sûr, puisque Lya n'avait aucun moyen de vérifier la véracité de ces songes. Mais … elle plissa les yeux. Il y avait tout de même un problème. La petite Lya semblait avoir six ou sept ans de moins que celle du présent. Pourtant, son entraîneuse paraissait avoir perdu au moins une dizaine d'années, si ce n'est plus … comment expliquer cette différence ? Elle décida d'en parler à Arianna. Celle-ci pourrait lui dire si elles s'étaient connues, et si oui, elle serait certainement en mesure de l'éclairer sur ce point.
Lya arrêta d'y penser, et sortit rapidement. Elle rejoignit la salle de classe pour découvrir que, même en venant elle aussi d'arriver, Ayaka semblait hystérique à cause du peu de temps avant la fête.
Puis vint le moment que Lya attendait depuis la pause. Elle prit la petite navette, qui la conduisit quelques rues plus loin. Elle sortit de Mahora et s'engagea sur la petite route qui menait chez Arianna.
La jeune fille arriva rapidement devant la porte de son entraîneuse. Celle-ci lui ouvrit.
- Entre, dit-elle, souriante.
- Dis, Arianna, commença Lya alors qu'elles prenaient le couloir vers le jardin, j'aimerais savoir quelque chose.
- Qu'y a-t-il ?
- En fait, ça risque de prendre du temps …
La jeune femme réfléchit un instant, puis lui annonça que Lya avait assez progressé pour rater une séance, ou du moins une partie. Elle la fit entrer dans le salon, et l'invita à s'asseoir. La pièce était assez grande, comportant une table, peu de chaises – Arianna vivait seule et avait rarement des invités – quelques armoires et le canapé sur lequel elles étaient assises.
- Alors, que voulais-tu me demander, Lya ?
- Eh bien … depuis maintenant quelques semaines, je fais des rêves étranges qui paraissent vraiment réels … j'ai également des visions de temps en temps.
Arianna tressaillit à ces mots. Il y avait deux raisons possibles. Soit elle pensait que son élève était folle, ce qui était peu probable. Autre hypothèse plus vraisemblable, elle devait savoir quelque chose. Curieuse, Lya poursuivit son récit, guettant les réactions de la jeune femme. Elle lui raconta l'étrange similitude entre elle et la petite fille qui apparaissait toujours dans ses visions, et lui résuma celles dont on pouvait tirer quelque chose. Mais elle gardait le meilleur pour la fin.
- Donc, pour récapituler, dit Arianna en apparence calme, tu fais des rêves dans lesquels tu te vois petite, et ça parle souvent de magie et de ki, c'est ça ?
- Oui. Et je ne t'ai pas tout dit. Ça m'est arrivé de nouveau tout à l'heure, et là, devine qui est apparue ?
- Vas-y, dis-moi, demanda la magicienne, tendue malgré elle.
- Toi.
Cette fois, ce ne fut pas qu'un simple tressaillement. Arianna eut un sursaut très visible, malgré tous ses efforts pour le cacher.
- Tu sais quelque chose ? continua Lya, curieuse de la réponse.
- Non, répondit-elle le regard fuyant. Ce doit être un simple rêve, qui te semble juste un peu plus réel.
Lya fit mine d'être déçue. Elle était tiraillée entre sa volonté d'en savoir plus, et celle de ne pas indisposer la jeune femme. Si jamais ses rêves se vérifiaient, d'une façon ou d'une autre, elle pourrait toujours lui demander à nouveau. Ou trouver un autre moyen de découvrir la vérité, au choix.
***
Le lendemain – après une dernière nuit de travail – les 3-A réussirent avec soulagement à terminer la maison hantée. La veille du festival. C'était juste !
Lya sortit de la salle de classe littéralement transformée. Elle atteignit la place devant le collège et se dirigea vers l'arrêt de navette pour se rendre à son entraînement, comme chaque après-midi après les cours. Elle s'arrêta, surprise. Arianna descendit du mini-bus et jeta un regard circulaire sur les lieux. Lya lui fit de grands gestes de la main, attirant son attention.
- Que fais-tu là ? demanda la collégienne, une fois qu'Arianna l'eut rejointe.
- J'ai reçu un appel du principal. Il voudrait que je vienne à une réunion. Si possible, il voudrait aussi que tu y participes.
- Moi ? Mais pourquoi ?
- Va savoir, répondit la jeune femme, mais ça concerne les magiciens.
Elles se rendirent donc sous l'Arbre Monde, où se passait la réunion. Une barrière magique avait été érigée autour de la place pour repousser les passants. Sur place, Lya découvrit avec stupeur que Yoru s'y trouvait également, à côté de Kotaro. Que faisait-il dans une réunion de magiciens ? Elle alla se placer à côté du frère de Keiichi. Durant les quinze jours précédant la fête, ils s'étaient souvent rencontrés au Chao Bao Zi, et la timidité qu'elle avait en sa compagnie avait fini par disparaître.
Ses pensées furent interrompues par l'arrivée de Negi. Après quelques présentations, le principal prit la parole. La réunion avait pour sujet la légende de l'Arbre Monde. Cet arbre et six places autour de lui rassemblait une grande quantité de magie et la relâchait tous les vingt-deux ans, lors de la fête de Mahora. Ce pouvoir, disait-on, avait la capacité d'exaucer certains vœux. Le problème résidait en la nature du souhait et surtout du taux de réussite. En fait, les déclarations d'amour étaient nombreuse, et étaient exaucées à 120 % ! De quoi manipuler l'esprit de gens pas forcément amoureux … comme le principal le soulignait, c'était vraiment à éviter. Le but était donc de faire des rondes pour éviter les confessions devant l'Arbre Monde et dans les six places à risques.
Soudain, une des élèves en magie prit la parole.
- Quelqu'un nous observe.
Un des professeurs réagit en claquant des doigts, et envoya une vague magique, détruisant une sorte de robot espion. Des élèves les surveillaient. De mieux en mieux, se surprit à penser Lya. Au début, elle pensait qu'ils devraient empêcher les confessions sans dévoiler leur magie. En fait, ils devaient empêcher les confessions sans dévoiler leur magie tout en évitant des robots espions furtifs. Il y avait mieux, tout de même, comme programme. Surtout pour un festival.
Le principal leur rappela une dernière fois leur mission, puis termina la réunion. Des passants revenaient, signe que le sort de répulsion avait été levé. Lya partit avec Yoru, étant libre jusqu'au lendemain : Arianna avait annulé l'entraînement pour que son apprentie se détende avant le festival, et les rondes ne commenceraient que le jour suivant. En plus, les jumelles ayant à faire quelque chose de tout à fait non identifié avec Misora, les quatre colocataires avaient prévu de manger tard, ce qui l'arrangeait.
- Dis Yoru, tu es magicien ? Tu ne me l'avais pas dit, commença-t-elle.
- Non. Et je te signale que je n'avais aucun moyen de savoir que tu pratiques toi-même la magie. Donc je ne pouvais rien te dire à ce sujet.
- Pas faux … qu'est-ce tu faisais là alors ?
Yoru lui raconta la chance qu'il avait eue. Deux ans auparavant, il avait découvert un magicien. Ce dernier avait failli lui effacer la mémoire, mais s'était arrêté au dernier moment, pour une raison inexplicable. À la place, il lui avait demandé de garder le secret. Très rapidement, les professeurs de magie se sont aperçus de cet accord et ont voulu à leur tour lui faire oublier leur existence. Le magicien découvert par Yoru avait fait des pieds et des mains pour éviter ça et avait négocié avec ses collègues. Yoru devraient les aider à conserver le secret, et en retour, il gardait sa mémoire des évènements magiques.
La conversation dériva ensuite sur de nombreux sujets, jusqu'au soir. Lya sourit. Elle n'avait jamais parlé avec lui aussi longtemps. Elle aimait discuter avec ce garçon, toujours calme par rapport à la majorité des membres de son club de kenpô. Ils étaient devenus de bons amis, et il lui était arrivé de se confier à Yoru lorsqu'elle avait des problèmes, lequel avait toujours eu vite fait de l'apaiser.
Lorsque la nuit tomba, il sembla soudain plus nerveux. Lya annonça qu'elle devrait bientôt rentrer au dortoir. Ils se séparèrent, mais à peine avait-elle fait quelques mètres qu'il l'appela et la rejoignit.
- Dis, ça te dirait de regarder la parade du deuxième soir avec moi ? demanda-t-il, en apparence calme.
- Oui, si tu veux, répondit-elle, souriante.
Elle se dépêcha de rentrer, car le couvre-feu approchait à grande vitesse. Dans la chambre, Fûka et Fumika venaient de rentrer, Lya n'était donc pas du tout en retard. Ça l'arrangeait, elle n'aimait pas faire attendre les gens.
Elles mangèrent, puis se couchèrent rapidement. Le festival commençait le lendemain à dix heures, et Lya voulait voir le plus possible de choses.
***
À des lieues de Mahora, la veille du festival, une sonnerie retentit dans un bureau. Une femme décrocha le téléphone. Le bureau était très ordonné, ce qui démontrait l'organisation de la magicienne travaillant dans l'école de magie.
- Allo ? commença-t-elle.
Donnette McGuinness n'avait pas besoin de s'encombrer de formalités. Son interlocuteur, le principal de l'école Mahora, était un vieil ami du magicien dont elle était la partenaire, le directeur de l'école de magie de Merdiana.
- Très bien, et vous ? … Oui … Ah, la fête de Mahora ? … Bien … Vous aimeriez des renforts ? … Malheureusement, nous avons besoin ici de tous nos professeurs. Par contre, une stagiaire d'ici pourrait éventuellement intervenir. C'est peu, par rapport à ce que vous aimeriez, mais c'est tout ce que je peux faire. J'en parlerait au directeur … Oui … de rien.
Elle raccrocha. Elle se leva et sortit de son bureau, se rendant dans la pièce contiguë. Mlle McGuinness trouva comme elle l'espérait son maître, le directeur de Merdiana.
- Monsieur, le directeur de Mahora aurait besoin d'aide.
- Explique-toi, fit-il en haussant un sourcil.
- Cette année, il semble qu'il aura des problèmes, à cause de certains élèves. Et en raison de perturbations atmosphériques, l'illumination de l'Arbre Monde se produira cette année, et non pas l'année prochaine comme nous le pensions. Il aurait besoin de renforts. Je lui ai répondu qu'on avait besoin de nos professeurs ici, mais qu'il serait éventuellement possible qu'on envoie notre stagiaire. Je suis sûre qu'elle s'en sortira très bien.
- Va en parler à Illonya, s'il-te-plaît. Ensuite, rappelle Konoemon et donne lui la réponse.
- Bien.
La jeune femme quitta le bureau, puis le grand bâtiment de l'école. Elle se rendit juste en face, dans le dortoir des élèves de l'école. Cette année-là, une stagiaire de l'école de Lordania, en Norvège, était arrivée à Merdiana pour son stage. Elle se prénommait Illonya. La jeune magicienne devait aider Mlle McGuinness dans les cours qu'elle donnait.
La professeure monta les escaliers du bâtiment et frappa à une porte.
- Qui est-ce ? demanda une voix de l'autre côté.
- C'est Mlle McGuinness. Je peux entrer ?
- Oh, bien sûr !
La jeune femme entra. Elle trouva Illonya assise sur son lit, à réviser des sorts. La stagiaire avait rassemblé, comme toujours, ses cheveux bruns en un début de chignon se terminant par une queue. Dans ses yeux noisette pétillait une certaine malice.
Donnette prit une chaise et s'assit devant elle, puis lui raconta la raison de sa venue.
- Donc, si je comprends bien, vous souhaiteriez que je parte au Japon pour aider les magiciens là-bas ?
- Oui. Tu veux bien ?
- Bien sûr !
- Alors, ça veut dire qu’Illonya et moi allons encore prendre l'avion ? fit une voix exaspérée.
Celle qui venait de parler était une chatte tabby* de couleur crème. C'était une chatte-fée, comme Camo était une hermine-fée. C'était aussi le familier d'Illonya. La minette sortit du panier, dans lequel elle avait commencé sa sieste interrompue par Mlle McGuinness, et sauta sur les genoux de sa maîtresse.
- Pourquoi tu dis ça, Shelly ? demanda Illonya.
- Ça se voit que c'est pas toi qui voyage dans la cale ! C'est si ennuyant !
- Ah oui, c'est vrai …
- Non, mais c'est pas grave, ajouta Shelly. C'est juste un mauvais moment à passer.
- D'accord. Quand devons-nous partir ? demanda Illonya en se tournant vers la professeure.
- Demain matin, pour trois jours. En fait, non. Le mieux, si tu es prête à temps, serait de partir ce soir. À cause du décalage horaire et de la durée du voyage, tu vas arriver le premier jour de la fête, mais le soir. Si tu pars demain, tu n'arriveras que le deuxième jour. Après, tu fais comme tu peux.
Sur ce, la jeune femme quitta la chambre, laissant sa stagiaire préparer ses affaires. Elle s'occupa plutôt de d'acheter le billet d'avion. Heureusement, en cette période, peu de gens partaient du Pays de Galles pour le Japon. Il y aurait encore des places, même pour un départ aussi précipité.
* tabby ou tigré
***
- Bonjour, Lya !
La journée venait de commencer pour les quatre colocataires. Une demie-heure plus tard commencerait le festival, et Lya venait de se lever. Elle se prépara, puis sortit avec les filles. À peine fut-elle dehors lorsqu'elle reçut un appel du principal. Elle s'éloigna du petit groupe pour pouvoir répondre tranquillement, car il s'agissait sûrement de magie dont il voulait parler.
- Allo … Monsieur le principal ? Que voulez-vous ? … Oui … Une magicienne va arriver ? … Vous voulez que j'aille la chercher à l'aéroport ? Bien sûr. Au revoir !
Bon, apparemment, une dénommée Illonya était censée arriver en fin de soirée. Lya croyait comprendre pourquoi c'était à elle de venir la chercher. Les professeurs de magie étaient certainement trop occupés, comme Negi.
Bref, elle rejoignit les trois filles qui l'attendaient et elles firent le tour de quelques stands, jusqu'à ce que ce soit à leur tour d'aider à animer la maison hantée.
Elles montèrent dans la salle de classe, enfilèrent les déguisements pour l’attraction puis rentrèrent dans l'attraction pour se placer. Il y avait trois parcours, mais elles étaient toutes les quatre dans celui d'Akira, qui était censé être le plus effrayant.
Lya se sépara des trois autres à l'intersection où elles devaient intervenir, et se cacha plus loin. Curieusement, le premier client à arriver fut Negi, ayant choisi le parcours d'Akira. Le petit professeur avait vu le directeur, Natsumi et Ako, c'était maintenant au tour de Lya. Elle pouvait faire deux choses. Soit le client était un magicien, et Akira pensant que c'était des effets spéciaux, Lya pouvait s'éclater, soit le client était normal et elle préférait faire comme ses camarades. La jeune magicienne créa un clone, qu'elle envoya à la rencontre de son amie et de Negi.
- … Nous risquons même de mourir, terminait Akira, effrayant Negi.
- Akira, cria la fausse Lya, la situation s'envenime avec les esprits ! C'est pire que ce que nous avons imag …
À ce moment, la vraie Lya envoya un kunaï sur son clone, qu'elle avait créé faible exprès et qui disparut, purement et simplement. Calme, Negi aurait facilement décelé le stratagème, mais paniqué comme il était, il ne prit pas la peine de réfléchir. À partir du moment où Akira fit semblant d'être décapitée, Lya eut l'impression que le garçon vivait l'enfer. À moitié pliée de rire – silencieusement – elle eut pitié pour lui. Il sortit en courant, hurlant de terreur.
Les clients s'enchaînèrent, mais Lya n'eut pas l'occasion de s'amuser avec ses clones de nouveau. Dommage, elle aimait bien ce petit tour qui était maintenant si simple pour elle. Des roulements eurent lieu trois heures après, au moment de manger. Des filles ayant déjà prit leur déjeuner les remplacèrent et Lya, Kaede et les jumelles eurent le reste de leur journée libre.
Elles mangèrent dans un petit restaurent bondé. Pendant la fête, il était inutile de chercher une auberge au calme. Même les plus petites enseignes étaient envahies par les clients.
C'était là que ça devenait drôle. Enfin, dans le sens ironique du terme. Lya se sépara des trois filles après qu'elles avaient mangé des glaces – eh oui, dans une certaine mesure, les jumelles arrivaient à faire faire à Kaede ce qu'elles voulaient – et partit de son côté. Elle avait, à trois heures de l'après-midi, ses rondes à faire autour de l'Arbre Monde. Elle se demandait d'ailleurs toujours pourquoi elle avait été conviée à la réunion. Mais bon, c'était comme ça, elle devait faire avec.
Bref, elle passa trois petites heures sympathiques à tourner autour d'un arbre, grand d'accord mais un arbre quand même, un appareil détecteur de confessions à la main. Elle utilisa le plus vente, que Negi lui avait conseillé pour ses rondes, lui permettant de faire voler un chapeau, ou n'importe quel objet de petite taille pour pousser les tourtereaux en dehors de la zone.
À un moment, Lya repéra Mana et le petit professeur. La technique de Mana était plus … directe … que celle des deux magiciens. Elle endormait à chaque fois l'un des deux amoureux avec une balle anesthésiante. Un peu brutal, quand même. Ce fut quand même utile lors d'une Neruton party*, où de nombreux collégiens allaient faire leurs déclarations. Mana donna pour prétexte le tournage d'un film, juste après avoir attaqué tout le monde en trois secondes chrono. Pour tout dire, la tireuse réserva le même sort au garçon qu'elle aimait et qui allait lui déclarer son amour.
Soudain, le détecteur à confessions émit un bip sonore. Il restait un seul couple. Lya décida de leur épargner la méthode Mana, le coup du film lui ayant donné une idée. Elle s'élança pendant que Negi persuadait la tireuse de le laisser agir à sa place, et s'adressa aux deux tourtereaux. Ils ne tenaient rien à faire voler, mais il restait une autre solution.
- Euh … excusez-moi, dit-elle avant que le garçon ne déclare sa flamme, mais vous êtes sur le tournage d'un film … Pourriez-vous vous décaler de quelques mètres, en pas des escaliers, s'il-vous-plaît ?
- Quel film ? fit la fille qui n'avait rien remarqué.
Lya leur pointa du doigt sa camarade, le magicien et la demi-douzaine de gens étalés par terre, comme si elle ne savait pas ce qu'elle venait d'interrompre. Ils acceptèrent, et le collégien reprit sa déclaration en bas des escaliers, en dehors de la zone dangereuse.
Les deux autres rejoignirent la jeune fille.
- Qu'est-ce que tu leur as dit ? demanda Mana, curieuse.
- Qu'on tournait un film et qu'ils étaient sur la scène. Tu sais, sans vouloir t'offenser, je trouve tes façons de faire … un peu … expéditives.
La tireuse répondit par un haussement d'épaules. Le petit groupe se sépara. Negi et Mana avaient fini leur ronde, contrairement à Lya qui avait une petite demie-heure devant elle. Mais bon, la jeune fille blonde n'était plus à ça près. Elle repartit donc seule, à tourner autour de la même place. C'était lassant, à la fin !
Elle utilisait un vente pour la énième fois quand Chao apparut dans son dos. Ce fut une apparition courte, mais elle ne laissa pas Lya indifférente.
- Alors, tu t'amuses bien ? demanda-t-elle.
- On va dire ça comme ça, répondit Lya qui ne pouvait pas lui dire pourquoi elle était lassée de tourner autour d'un arbre.
- Un petit conseil, profites-en le plus possible, Lya Aemilia …
Le dernier mot fut prononcé si bas que personne à part sa destinataire n'aurait pu l'entendre. Sur ce, Chao disparut, laissant son amie plantée là, ahurie. Lya se reprit – ou du moins elle arrêta de d'ouvrir la bouche comme un poisson hors de l'eau – et pensa au dernier mot de la chinoise. Aemilia … qu'est-ce que ça pouvait vouloir dire ? Chao l'avait prononcé comme un nom de famille ou un titre. Pourtant, le nom de Lya était Aoki, et d'aussi loin qu'elle se souvienne, personne ne lui avait donné de titre à Mahora. En plus, là, comme ça, elle ne voyait pas du tout quelle signification ce mot pouvait avoir, mais lui semblait pourtant familier… Bref, le seul truc que ça changeait, c'était le bor... bazar dans sa tête. Maintenant, ses rêves se battaient avec « Aemilia » pour le squattage de son esprit.
* réunion de couples.
***
Une heure plus tard, Lya rejoignit le temple Tatsumiya. Elle avait promis à Negi et d'autres de venir regarder les éliminatoires du tournoi, et Kaede venait de la prévenir du changement de lieu. C'était de l'autre côté de la ville. Et la jeune magicienne était super contente – façon de parler – parce que l'aéroport où elle devait accueillir la dénommée Illonya après les préliminaires était lui aussi loin du temple. Vraiment pratique.
Elle repéra Konoka, Fumika et Fûka dans les gradins, et les rejoignit. Juste après, Yoru vint s'asseoir à côté de Lya.
- Alors, c'est décidé, tu ne participes pas ? fit Lya pour engager la conversation.
- Non. Et toi, tu ne voulais vraiment pas essayer ?
- Pfff, tu rigoles ? s'exclama-t-elle en riant. Mon niveau est trop bas pour ce genre de choses.
En fait, elle n'en avait aucune idée, ayant été capable de faire des choses alors qu'elle était censée ne pas pouvoir les faire. Quand elle avait lancé sept flèches avec une aria courte, elle avait été un peu surprise, tout de même. Mais bon, Lya était quasiment sûre de ne pas pouvoir tenir tête aux combattants qui participaient.
Kazumi apparut comme présentatrice, introduisant l'organisateur du tournoi. Mais … mais … nom d'un … Chao apparut sur le ring, pendant que la journaliste l'annonçait ! La chinoise expliqua les règles malgré la surprise générale. Le plus surprenant était qu'elle parla de Nagi, disant qu'il avait participé à ce tournoi vingt-cinq ans auparavant ... Les préliminaires se déroulaient en forme de Battle royal, avec vingt personnes dans chacun des huit groupes, et deux participants seulement étaient sélectionnés pour le lendemain.
Lya ne fut pas trop surprise par les combats, par rapport à d'autres. Elle ne connaissait pas trop le niveau de Negi, mais elle avait bien prévu que Ku et les autres se qualifieraient sans trop de problèmes. Le petit professeur réussit lui aussi après quelques prises de kung-fu. Il était d'ailleurs très drôle pour Lya de voir la tête des gros balourds que Negi envoyait valser.
Dans le registre des scènes … originales, les spectateurs eurent le droit à un petit concours interne de clones. Dès que Kaede utilisa des clones pour se défaire de quatre adversaires en même temps, Kotaro l'imita sous prétexte qu'il n'allait pas se laisser faire. En fait, il s'était désigné une autre rivale que Negi. Les deux ninjas augmentèrent progressivement le nombre de clones sans se préoccuper de leurs adversaires jusqu'à ce que Kotaro s'arrête en râlant, sept corps étant sa limite, contre douze pour Kaede. Bref, ce n'était pas le genre de scènes qu'on trouvait dans un combat.
En fait, les plus surpris étaient ceux qui ne connaissaient pas les vainqueurs. Trouver deux gamins de dix ans et une bande de collégiennes parmi les sélectionnés devait être surprenant.
Lya, Yoru et les trois filles allèrent féliciter leurs amis, brièvement pour Lya. Elle n'était pas encore en retard pour l'arrivée de la nouvelle magicienne, mais c'était ce qui se passerait si elle ne se mettait pas en route assez vite. Kaede ayant accepté de l'accompagner, Lya ne se rendit pas à l'aéroport seule. Lorsqu'elles gagnèrent l'aérodrome, l'avion venait d'arriver et les passagers récupéraient leurs bagages. Illonya n'étant pas censée les reconnaître et vice versa, Lya portait un gros panneau avec « Illonya » écrit dessus. Ça lui faisait bizarre de porter cette pancarte alors que personne d'autre ne le faisait, mais c'était indispensable.
Soudain, une jeune fille les rejoignit. Elle devait avoir onze ans, pas plus. Ses cheveux attachés en début de chignon puis en queue étaient châtains et ses yeux noisette reflétaient son inquiétude de se retrouver dans un pays qu'elle ne connaissait pas et en compagnie de gens qu'elle n'avait jamais vus. Elle était accompagnée d'une chatte tabby crème qui la suivait en toute liberté.
- Est-ce toi, Illonya ? demanda Lya.
- Euh … oui. Qui êtes-vous ? s'étonna la nouvelle-venue. Ne devait-il pas y avoir un magicien nommé Negi ?
- Il est trop occupé … désolée. Nous sommes venues à sa place. Je m'appelle Lya, et voici Kaede. Enchantée !
Illonya haussa les sourcils en entendant son prénom mais ne dit rien. Elle aurait sa réponse en temps et en heure.
- Bienvenue à Mahora, ajouta la ninja.
Les trois filles repartirent vers le dortoir. Sur la mezzanine de Lya, il restait encore de la place pour un matelas, il avait donc été décidé que la stagiaire dormirait chez elles. Subsistait le problème de langue. Illonya ne parlait pas japonais, le seul moyen pour se comprendre était l'anglais. Et, petit rappel, Kaede était surnommée « baka blue »1. Elle avait beau pouvoir inventer de bonnes stratégies en combat … les langues, c'était pas ça. Ce fut la nouvelle magicienne qui trouva la meilleure solution. Elle avait emporté un livre de sorts, et elle avait déjà lu une incantation qui permettait d'être compris et de comprendre les autres. L'excuse pour les jumelles risquait d'être un peu bancale – comment leur expliquer qu'elles comprendraient leur invitée sans que celle-ci parle japonais ? – mais c'était difficile de trouver mieux.
Les deux collégiennes les menèrent, elle et son familier Shelly, jusqu'à la chambre où elle fit la connaissance des jumelles, pendant que le matelas était installé. Finalement, après avoir mangé, la nouvelle-venue s'endormit vite à cause du voyage, tandis que les quatre colocataires se rendirent à la fête du premier soir. Elles n'étaient pas censées rentrer tard à cause du tournoi qui démarrait à huit heures – quelle idée, franchement ! – mais elles pouvaient bien s'amuser un peu !
Au programme, plusieurs jeux et concours entre 3-A. Bientôt, leurs activités gagnèrent d'autres classes, mais certaines élèves restèrent fidèles à elles-même, comme Chisame avec son ordinateur et Evangeline qui … en fait n'était pas venue du tout. Bref, comme vous vous en doutez, et comme dans à peu près toutes les fêtes avec les 3-A, il était difficile de s'ennuyer.
Tout de même, quand l'une des collégiennes de cette classe sortit l'un des concours les plus idiots dont Lya ait jamais entendu parler, celle-ci faillit s'éloigner comme si elle faisait face à des folles (comment ? Vous êtes sûrs, elles sont vraiment folles ?), complètement désabusée.
- Hey, s'exclama la fille (dont on ne donnera pas le nom pour sauvegarder son intégrité), si on faisait le concours de celle qui chante Sakura Sakura 2 à l'envers en sautant à cloche pieds et en faisant un milk shake à la myrtille le plus vite ?
- Je veux pas doucher ton enthousiasme, mais comment tu comptes faire ça ? demanda Lya, sarcastique.
- Ben … tu sautes à cloche pieds, tu fais un milk shake à la myrtille et …
- Et je chante Sakura Sakura à l'envers. Ça j'avais compris. Mais montre moi comment tu fais … je vais pas dire que je suis partante si tu réussis, parce que je ne suis pas folle, mais tu me diras quand tu l’auras fait.
La fille en question dut reconnaître que c'était pas une aussi bonne idée que ça, et la fête continua sans concours débile. Enfin, pas autant. De toute façon, les colocataires de Lya et elle rentrèrent vite, à cause du lendemain.
Lya mis plus de temps à sombrer dans le sommeil que ses trois amies. Il y avait quelque chose, un pressentiment, qui l'empêchait de dormir quand elle pensait au lendemain. Peut-être était-ce à cause du tournoi de ses amis ?
1 à noter qu'elle avait dit « Bienvenue à Mahora » en anglais parfait … en même temps c'était pas très difficile. Surtout en se préparant à l'avance.
2 Chanson pour enfants très populaire au Japon (traduction : Cerisiers cerisiers)